« L’art est ce qui aide à tirer de l‘inertie », ce titre donné par Henri Michaux à l’un de ses pochoirs en noir et blanc pourrait servir d’exergue à Inertia, la pièce de Kirsten Debrock. En route vers la galaxie du corps vieillissant, avec pour tout bagage un minimalisme saisissant, Kirsten Debrock crée un duo surprenant de véracité et d’humanisme. Une scénographie agrémentée de tulles compartimente le plateau avec légèreté, laissant évoluer ce percutant binôme d’interprètes. A elles deux, telles des caryatides, elles portent la problématique de ce vivant qui vieillit, qui se transforme de manière intime, parfois de palier infinitésimal en sillon profond. L’une reste en retrait de l’autre d’abord par ignorance de ces fragilités, par déni de ces dégénérescences minuscules que le corps agglutine à chaque pas, à chaque année parcourue, à chaque cheveu tombé. Puis, peu à peu, par similitude de vécu, dans la reconnaissance solidaire de ce chemin commun, leur mouvement conduit vers l’abandon. Une forme de sagesse et d’expérience à partager.

Chorégraphe d’origine américano belge, Kirsten Debrock fut d’abord formée aux Pays-Bas puis a intégré le Nederland Dans Theater. Implantée en France depuis vingt ans, elle fonde sa compagnie KD Danse, soutenue par la région Languedoc Roussillon et le département de l’Hérault. Elle est aujourd’hui artiste associée à la Cigalière de Sérignan où nombre de ses pièces ont été montrées. Elle est aussi artiste en résidence dans la Résidanse départementale de l’Aude.